Véhicule de société ou indemnités kilométriques ?
Dirigeant ou indépendant, vous avez deux façons de faire payer vos déplacements par votre activité. Soit la société achète ou loue le véhicule et en supporte les frais. Soit vous gardez votre véhicule personnel et la société vous rembourse vos kilomètres professionnels au barème, en indemnités kilométriques. Le bon choix dépend de vos kilomètres, du véhicule et de l’usage privé que vous en faites.
Option 1 : votre véhicule, remboursé en indemnités kilométriques
Le véhicule reste à vous, ou à un membre de votre foyer fiscal. Vous payez l’achat, l’entretien, l’assurance et le carburant ; votre activité vous rembourse les kilomètres professionnels selon le barème kilométrique, qui est un forfait couvrant tous ces frais.
- Le montant suit vos kilomètres : il se calcule sur le total annuel du véhicule, avec la puissance fiscale. Estimez-le avec le simulateur.
- Le statut compte : un salarié ou un dirigeant assimilé salarié n’est pas traité comme un gérant majoritaire ou un indépendant. Le détail est dans le guide des indemnités kilométriques.
- Il faut des justificatifs : preuve des déplacements, kilomètres jour par jour, carte grise. Un carnet de bord suffit.
- Pas d’avantage en nature : le véhicule n’appartient pas à la société, son usage privé ne relève donc pas de ce régime.
Option 2 : un véhicule acheté ou loué par la société
La société devient propriétaire ou locataire du véhicule et paie ses frais. Cinq règles fiscales pèsent sur ce choix pour une voiture particulière (véhicule de tourisme).
1. Un amortissement plafonné
La part du prix d’achat TTC qui dépasse un plafond n’est pas déductible : l’amortissement correspondant est réintégré au résultat fiscal. La même limite s’applique aux loyers d’une location. Le plafond dépend des émissions de CO₂ (norme WLTP) :
| Émissions de CO₂ | Plafond d’amortissement |
|---|---|
| Moins de 20 g/km | 30 000 € |
| De 20 à 49 g/km | 20 300 € |
| De 50 à 160 g/km | 18 300 € |
| Plus de 160 g/km | 9 900 € |
Pour les véhicules émettant entre 161 et 165 g/km, le texte du CGI et la doctrine fiscale ne donnent pas la même borne : à vérifier avec votre expert-comptable.
2. Deux taxes annuelles, non déductibles
Une société qui affecte une voiture particulière à son activité paie chaque année deux taxes :
- La taxe sur les émissions de CO₂, calculée par tranches comme l’impôt sur le revenu : chaque gramme est taxé au tarif de sa tranche, de 0 € jusqu’à 4 g/km à 65 € à partir de 166 g/km. L’administration donne l’exemple d’un véhicule à 100 g/km : 213 €.
- La taxe sur les polluants atmosphériques : 0 € pour un véhicule électrique ou à hydrogène, 130 € pour un moteur à essence conforme Euro 5 ou 6, 650 € pour les autres.
Ces taxes ne sont pas déductibles du résultat imposable de la société.
3. L’avantage en nature si vous l’utilisez à titre privé
Si le véhicule mis à disposition sert aussi à des trajets privés, l’usage privé constitue un avantage en nature, soumis à cotisations et à l’impôt sur le revenu. Pour les véhicules mis à disposition à partir du 1er février 2025, l’évaluation forfaitaire est la suivante :
| Véhicule | Sans carburant | Carburant payé par l’employeur |
|---|---|---|
| Acheté, moins de 5 ans | 15 % du prix d’achat TTC par an | 20 % |
| Acheté, plus de 5 ans | 10 % | 15 % |
| Loué | 50 % du coût global annuel | 67 % |
Le calcul détaillé, la méthode réelle et le cas de l’électrique sont dans notre page sur l’avantage en nature véhicule.
4. Un impôt sur les sociétés qui change la valeur des économies
Les charges déductibles font baisser l’impôt sur les sociétés : 15 % sur une première fraction de bénéfice pour les petites sociétés qui remplissent les conditions, 25 % au-delà. Une charge non déductible (taxes annuelles, amortissement au-dessus du plafond) coûte donc son montant plein.
5. Une TVA non récupérable
La TVA payée sur une voiture conçue pour transporter des personnes n’est pas déductible, sauf exceptions (véhicules destinés à la revente, à la location, aux auto-écoles…). L’exclusion s’étend aux pièces, aux accessoires et aux services portant sur ces véhicules, notamment la location. Le coût à comparer est donc le coût TTC.
Tableau comparatif
| Indemnités kilométriques | Véhicule de société | |
|---|---|---|
| Propriétaire | Vous ou votre foyer fiscal | La société |
| Qui paie les frais | Vous, remboursé au barème | La société, au réel |
| Montant pris en charge | Proportionnel aux kilomètres professionnels | Tous les frais, quel que soit le kilométrage |
| Taxes annuelles | Aucune | Taxes CO₂ et polluants, non déductibles |
| Amortissement | Sans objet | Plafonné selon les émissions |
| TVA sur le véhicule | Sans objet | Non récupérable pour une voiture particulière |
| Usage privé | Libre, sans incidence | Avantage en nature à déclarer |
| Suivi demandé | Carnet de bord des trajets professionnels | Justification de l’usage privé ou de son absence |
| Changer de véhicule | Votre décision personnelle | Cession ou fin de contrat par la société |
Les critères qui font pencher la balance
- Vos kilomètres professionnels. Les indemnités augmentent avec la distance, alors que les frais d’un véhicule de société sont en grande partie fixes. Plus vous roulez pour votre activité, plus la comparaison mérite d’être faite.
- Le prix et les émissions du véhicule. Un véhicule cher et émetteur cumule un amortissement plafonné bas et des taxes élevées dans une société.
- L’usage privé. Plus vous utilisez le véhicule pour vous, plus l’avantage en nature pèse dans l’option société.
- Votre statut et celui de votre société. Les règles d’indemnités kilométriques varient entre dirigeant assimilé salarié, gérant majoritaire et entrepreneur individuel.
- La simplicité. Les indemnités demandent un carnet de bord ; le véhicule de société demande une comptabilité du véhicule et la déclaration de l’avantage en nature.
Il n’y a pas de réponse valable pour tout le monde : faites chiffrer les deux options avec vos propres montants, idéalement avec votre expert-comptable.
Le cas du véhicule électrique
L’électrique change plusieurs lignes à la fois, dans les deux options :
- en indemnités kilométriques, le montant du barème est majoré de 20 % pour un véhicule 100 % électrique ;
- en société, le plafond d’amortissement monte à 30 000 € sous 20 g/km de CO₂, et la taxe sur les polluants est nulle ;
- pour un véhicule qui respecte l’éco-score du bonus écologique, l’avantage en nature évalué au forfait bénéficie d’un abattement de 70 %, dans la limite de 4 641,60 € par an en 2026 (montant revalorisé chaque 1er janvier), jusqu’au 31 décembre 2027.
Vekilys mesure vos kilomètres professionnels trajet après trajet et calcule vos indemnités au barème, véhicule par véhicule. C’est la donnée qui manque le plus souvent pour comparer les deux options.
Sources
- Légifrance, CGI article 39, 4 (plafonds d’amortissement)
- BOFiP, BOI-BIC-AMT-20-40-50
- Légifrance, CIBS articles L. 421-119 et suivants (taxe CO₂)
- BOFiP, BOI-AIS-MOB-10-30-20
- Légifrance, CIBS articles L. 421-133 et suivants (taxe polluants)
- BOFiP, BOI-TFP-TVS-50 (non-déductibilité des taxes)
- Légifrance, arrêté du 25 février 2025 (avantage en nature véhicule)
- URSSAF, Avantages en nature
- Légifrance, CGI annexe II article 206 (TVA non déductible)
- BOSS, Avantages en nature (abattement électrique 2026)
- Légifrance, CGI article 219 (impôt sur les sociétés)
- URSSAF, Indemnités kilométriques